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Qu’on se le tienne pour dit, je n’aime pas les câlins !

Je n'aime pas qu'on me touche

Qu'on se le tienne pour dit, je n'aime pas les câlins !

Mais pourquoi veux-tu donc me serrer contre toi, toi qui ne me connais pas ? As-tu la moindre idée de la tempête que tu déclenches en moi ? Explique-moi en quoi cet échange de compression mutuelle va nous aider à établir des liens, parce que moi, je n’ai pas compris.

Ta main sur mon épaule me brusque et me bloque, je me sens prisonnière de ton étau comme si j’étais en danger. Je panique à l’idée de ne pas atteindre la vitesse exacte désirée lorsque le contact poli se fera entre nos joues, je sais que je percevrai le moindre détail de toutes les pressions attendues ou pas sur mon corps et j’aurai un peu envie de pleurer, mais je ne devrai pas le montrer. Tu me demanderas, en même temps, si ça va, et je devrai dire Oui, toi ? même si ce n’est pas l’énoncé qui me vient à l’esprit. J’aurai alors l’impression de mentir et cela désordonnera tout mon cerveau. Ta réponse viendra ensuite et je serai dans l’analyse de ton débit, de ton intonation, de ton rythme, de ta respiration et de la sincérité ou pas que tu mettras dans ton affirmation. Ça m’angoissera parce que si je sens que quelque chose cloche, ce n’est pas maintenant que je pourrai te le dire et t’interroger à ce sujet puisque tout de suite, là, je ne suis plus fonctionnelle. Je souffre.

J’aurai l’impression que tu me places dans un tunnel sous vide et que je serai propulsée dans l’espace, je vais retenir mon souffle, parce que je ne sais pas quelle odeur tu auras, et je pourrais très bien avoir un haut-le-cœur ce qui serait classé dans la catégorie des choses inappropriées. J’ai aussi peur de tomber, de perdre l’équilibre parce que tu vas débalancer mon centre de gravité et je serai si concentrée à agir correctement qu’il ne me restera plus d’espace pour traiter les données relatives à la position de mes pieds au sol.

Pour toi c’est un court instant, une formule de politesse que tu traiteras machinalement sans réfléchir, mais pour moi c’est un lit de fakir, une tempête de sable, une descente en rafting et j’en ressors à chaque fois avec l’impression que tu as aspiré un peu de ma force vitale et que j’ai passé plusieurs heures en cage.

Quelques rares personnes ne me font pas cet effet, exactement six humains au total (mes trois enfants, mon conjoint ainsi que S&C). La première fois que ça m’est arrivé c’est lorsque j’ai commencé à m’attacher à mon fils. Mes enfants, j’arrive à me blottir contre eux ou à les blottir contre moi et c’est doux, la tempête se calme et c’est un partage, avec mon conjoint aussi, mais s’il est sur son départ et qu’il veut son câlin, il doit lâcher ses clés, sinon je recule avec  les sourcils froncés en tentant un regard menaçant qui le fait rire plus qu’autre chose. En fait, ça vous semblera sans doute idiot, mais le bisou d’au revoir a tout son protocole et si mon amoureux y déroge, c’est la panique. Il est d’une patience…. ouf. Je sais exactement comment et quand ma famille immédiate réclamera ce contact. Il est connu, prévisible et rassurant, non seulement parce que ma confiance est totale, mais aussi parce que je l’ai pratiqué maintes et maintes fois. Mes deux amies, chères à mon cœur doivent se passer d’accolades et ne m’en tiennent pas rigueur. Des fois j’en ai envie, mais j’ai toujours peur que ça se passe mal, alors je préfère éviter pour l’instant.

En fait idéalement, comme beaucoup de personnes avec autisme, je préfèrerais que vous ne me touchiez juste pas, je m’en porterai mieux. Ce texte est inspiré par une charmante dame qui pour me remercier d’un service rendu, m’a promis, lorsqu’elle me verrait, un gros câlin. Elle m’a invité à me préparer mentalement. Je vais gentiment décliner votre offre madame M. 

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